Fertilité et COVID 19

 

La survenue de l’épidémie de coronavirus, puis les mesures de confinement prises pour tenter de l’endiguer, se sont brutalement abattues sur les couples en interférant avec leur désir d’enfant. 

Pour les couples suivant une contraception, ces évènements n’introduisent aucune modification particulière. Mais qu’en est-il de ceux en désir d’enfant ? Plusieurs situations sont possibles :

Les couples qui souhaitaient stopper leur contraception pour un projet de bébé devraient en toute logique la prolonger jusqu’à ce que le risque infectieux ait très sensiblement diminué, ou/et que des traitements spécifiques et efficaces deviennent disponibles. Le plus raisonnable serait d’attendre la possibilité d’une vaccination, mais on parle là sans doute de nombreux mois : difficile de l’envisager pour les femmes qui avancent en âge, d’autant que parmi ces couples un certain nombre connaitra des difficultés à concevoir.

En cas de début de grossesse, contracter la maladie expose en effet à un risque accru de fausse-couche spontanée, ne serait-ce qu’à cause de l’hyperthermie.  La grossesse induit également des modifications immunitaires susceptibles de créer une situation de fragilité, qui pourrait aggraver l’évolution de la maladie ; personne ne sait si cette fragilité devient significative dès le début de la grossesse, ou plus tard. On ne sait pas non plus s’il existe une augmentation du risque malformatif, même si les autres virus à tropisme respiratoire connus semblent peu préoccupants sur ce plan.

Les couples en situation d’infertilité se retrouvent eux-mêmes dans plusieurs types de situations possibles :

Ceux qui sont en cours d’exploration afin de déterminer la ou les causes de leur infertilité pourront les poursuivre lorsque les consultations non urgentes reprendront leur cours.

Ceux qui sont en traitements classiques, tels qu’une stimulation ovulatoire simple, pourront les reprendre si la femme est porteuse d’anticorps anti-Covid 19, donc après que le dépistage de l’immunité par sérologie ait été mis en place. Chez les autres, la décision ne pourra être prise qu’au cas par cas en prenant en compte de nombreux facteurs : âge, état de la réserve ovarienne, cause(s) de l’infertilité, possibilités de poursuivre le confinement …

Ceux qui sont pris en charge en AMP seront sans doute ceux pour lesquels l’attente sera la plus longue. Toute activité AMP a été suspendue depuis la mi-Mars et sans durée prévisible. La possibilité de reprise pourrait passer par la création transitoire d’unités Covid négatives dans les Centres qui en auront la possibilité, à l’instar des laboratoires actuellement dédiés aux couples à risque viral. Mais une telle démarche reste à organiser.

C’est aussi le moment pour les couples de s’assurer que leur passage en AMP est nécessaire : l’expérience montre en effet que certains d’entre eux n’avaient pas épuisé auparavant les possibilités des traitements classiques, et qu’ils pourraient peut-être obtenir une grossesse plus simplement : c’est particulièrement le cas des infertilités « inexpliquées ».

Pour tous les couples, cette pause inéluctable peut être aussi l’occasion de retrouver leur intimité, et de reprendre une vie à deux parfois perturbée par les rapports sur commande ou les gestes invasifs. L’occasion aussi de se projeter dans l’avenir en refaisant le point sur le traitement qu’ils suivaient jusque-là : quelle stratégie lorsque la prise en charge redeviendra possible ? La même ? Une autre, et laquelle ? Toutes questions qu’il est possible dans l’intervalle de poser et de résoudre, de préférence par téléconsultation, avec son médecin.

Faut-il se protéger d’une grossesse spontanée toujours possible ? L’expérience montre en effet qu’une grossesse peut survenir spontanément à n’importe quel moment d’un parcours d’infertilité, même le plus improbable. L’immense majorité des couples infertiles ne sont pas stériles, mais plus ou moins sévèrement hypofertiles. Cela signifie qu’il existe chaque mois une probabilité même infime de grossesse, qui peut s’installer n’importe quand : au cours du bilan,  au cours d’une pause dans le traitement, voire bien après l’abandon de tout espoir.

Faut-il pour autant se protéger d’un tel évènement lorsqu’on rencontre des difficultés pour débuter une grossesse ? Certes il existe des risques, que nous avons évoqués plus haut. Mais il ne s’agit que de risques, à mettre en balance avec un « coup de chance » inespéré, qui ne se reproduira peut-être jamais. Personne ne effet ne peut assurer qu’une infertilité traitée avec les meilleurs moyens et la meilleure stratégie aboutira forcément à un succès.

Pendant cette parenthèse la meilleure attitude me semble être de vivre le plus normalement possible … et de laisser faire la nature.

2020-04-14T13:55:32+00:00avril 6th, 2020|Fertilité|