Les articles du Dr Emperaire

LE TRAITEMENT HORMONAL SUBSTITUTIF DE LA MENOPAUSE N’AUGMENTE PAS LE RISQUE DE DECES


Depuis les années 1950, les bénéfices du traitement hormonal substitutif de la ménopause (THS ou THM) avaient toujours été considérés comme largement supérieurs aux risques qu’il faisait encourir aux femmes qui en bénéficiaient ; c’était même le temps où les femmes asymptomatiques prenaient aussi ce traitement en prévention de problèmes osseux et cardiovasculaires, voire dans le désir de rester « feminine for ever ». La calamiteuse étude WHI (Women Health Initiative), ou plutôt son interprétation, a mis brusquement fin à cette séquence en 2000, au motif de risques excessifs d’accidents cardiovasculaires et de cancer du sein. Depuis cette date, et malgré le lent travail de réhabilitation dont le HM a bénéficié, il reste insuffisamment prescrit ; alors qu’il est maintenant bien établi qu’en respectant les contre-indications, en le débutant tôt, et en s’en tenant aux molécules naturelles, la balance bénéfice / risque penche largement en sa faveur. 

Alors que beaucoup de femmes, et de médecins, hésitent encore, une très large étude vient de prouver que le THM n’augmentait pas le risque de décès (1).                                                                                   

Les auteurs ont effectué une recherche sur les registres nationaux danois pour connaître le devenir des femmes nées entre 1950 et 1977, et âgées de 45 ans au moment de leur inclusion dans l’étude. Ils ont ainsi suivi 876.805 femmes pendant une durée médiane de 14,3 années. Un total de 11,9% d’entre elles ont utilisé le THM pendant une durée moyenne de 1,7 ans : 41.433 (4,7%) pendant moins d’un an, et 7.337 (0,8%) pendant 10 ans  ou plus  Les auteurs sont ainsi en mesure de conclure que :                                                                        

*Il n’existe pas de différence significative en termes de risque de mortalité entre les femmes qui ont pris le THM et les autres. 

*Aucune différence n’a été constatée entre les groupes concernant les causes spécifiques de décès.

* Il n’existe aucune augmentation du risque de décès en fonction de la durée d’exposition au THM, même au-delà de 10 ans d’utilisation.

*Il existe une réduction du risque de décès chez les femmes hystérectomisées, donc prenant l’estradiol seul.

*Il existe une diminution de la mortalité de cause cardiovasculaire chez les femmes prenant le THM pendant moins de 5 ans. 

*Les femmes utilisant le THM d’administration cutanée ont un risque significativement plus faible de décès que celles n’ayant jamais pris de THM.

Cette publication confirme les résultats d’une étude publiée en 2017, qui a porté sur les suivi des femmes incluses dans l’étude WHI, après sont interruption (1). Rappelons qu’il s’agissait d’une étude prospective et randomisée en double aveugle, ayant inclus entre 1993 et 1998 des femmes en bonne santé (n = 27.347) âgées de 50 à 79 ans : elle comparait un groupe de femmes sans THM, à un groupe de femmes non hystérectomisées prenant une association estrogènes + progestatif (n = 16.608), et à un groupe de femmes sans utérus prenant seulement des estrogènes (n = 10739). Les auteurs ont continué à suivre ces femmes après l’interruption de l’étude, sur une durée moyenne de 18 ans d’observation comprenant la période sous traitement (5,6 ans pour les femmes ayant leur utérus, et 7,2 ans pour les femmes sans), et la période post traitement.                                                                                     Le nombre total de décès enregistrés a été de 7489, dont 1088 pendant la période de l’étude WHI, et 6401 dans la période de suivi ultérieur. Le nombre de décès toutes causes confondues a été de 27,1% dans le groupe THM, et de 27,6% dans le groupe placebo. Il n’y a pas non plus eu de différences dans les différentes causes de décès, cardiovasculaires ou carcinologiques notamment. 

A noter aussi que dans cette étude, les molécules utilisées dans le THM, estrogènes conjugués pour l’estradiol, et surtout acétate de medroxyprogestérone pour le progestatif, sont les plus défavorablement connues aujourd’hui pour leurs effets potentiels.

En dehors même de tous les bénéfices que le THM apporte, ces deux grandes études prouvent qu’il ne fait pas courir de risque vital aux femmes qui l’utilisent.

1-MIKKELSEN AP et Coll. Menopausal hormone therapy and long term mortality : nationwide, register cohort study.  British Medical Journal 2026; 392, e 085992-

2-MANSON JE et Coll. Menopausal hormone therapy and long term all-cause specific mortality. JAMA 2017, 318 (10): 927-938.